Le Corps qui s’Active Seul
On reconnaît un Instable à ce qui lui échappe. Un pouvoir qui se déclenche sans qu’il l’ait voulu. Une main qui durcit toute seule, une vision qui s’ouvre en pleine rue, une chaleur qui monte sans raison. Le filum vitae pulse en cyan de façon erratique, des flashs irréguliers sous la peau, comme un tic nerveux lumineux. Pas partout, pas tout le temps. Le corps fait des choses sans demander la permission.

Ce qui s’est passé
La dette métabolique a été dépassée. Pas forcément d’un coup, pas forcément de manière spectaculaire. Le praticien a poussé trop loin, trop longtemps, sans jamais laisser le corps récupérer. La capacité d’absorption a été dépassée, et le code génétique a perdu sa cohérence. Il se réécrit seul, sans commande, sans but.
Les Guildes appellent ça “dégradation fonctionnelle”. Un “choix personnel irresponsable”.
Vivre en tant qu’Instable
Les activations involontaires commencent par être mineures. Un changement de pigmentation. Un ongle qui pousse de travers. Des tics corporels. Le filum vitae qui pulse en cyan plus fort à un endroit, puis ailleurs, sans motif.
Puis elles s’aggravent. Un pouvoir qui se déclenche en pleine conversation. Un membre qui se déforme. Un organe qui se réorganise. Des gènes qui s’activent ou se désactivent sans contrôle. Le praticien passe son temps à gérer les conséquences de changements qu’il n’a pas décidés. Certains parviennent à stabiliser temporairement leur code par une pratique extrêmement disciplinée. Mais la tendance est toujours vers plus de changement.
Chaque Instable est unique parce que chaque instabilité est unique. Celui-ci a un bras qui se transforme lentement. Celle-là voit ses traits changer d’une semaine à l’autre. Un autre garde une apparence presque normale, sauf que ses lignes génomantiques pulsent en cyan de façon chaotique, et qu’un pouvoir se déclenche en lui à intervalles irréguliers sans qu’il puisse l’empêcher.
Ce que les autres voient
Un Instable met mal à l’aise. Il change. On ne sait jamais à quoi il ressemblera la prochaine fois, ni quel pouvoir va s’activer sans préavis. Les gens s’écartent, pas par cruauté, par réflexe. Un corps qui se réécrit seul, c’est imprévisible. Et la rumeur dit que c’est contagieux, même si c’est faux.
Ce que personne ne dit
Les Instables ne sont pas des accidents. Ce sont des praticiens qui ont été poussés, par le système, par les Guildes, par la pression sociale, à dépasser leurs limites. Les écoles du Cadastre enseignent la prudence, mais la société récompense l’excès. Le praticien le plus productif, le plus puissant, le plus utile, c’est celui qui se rapproche le plus du seuil.
Et quand il le franchit, on appelle ça un “choix personnel irresponsable”.
Dans les rues
Les quartiers pauvres en comptent le plus. C’est là que vivent les praticiens qui n’ont pas les moyens de se reposer, de se soigner, de dire non.
On les confond parfois avec les Dilués, ces praticiens dont la frontière entre leur empreinte et le vivant s’est brouillée au-delà du point de non-retour et qui se figent dans les rues. Mais un Instable ne se fige pas. Un Instable change. La différence est visible : le corps qui s’active seul et la pulsation cyan erratique sous la peau, c’est un Instable. Le regard vide et l’immobilité, c’est un Dilué.
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