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Les Chimères interdites
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Les Chimères interdites

Cinq espèces dont la création est un crime. Cinq rapports que la Suture tient à jour pour pouvoir les reconnaître. Ce qui suit ne devrait pas exister.

Ce qui ne devrait pas exister

Au bout de ce que la génomantie peut faire, il y a des lignes qu’on ne franchit pas. La Suture en tient le registre, noté en rouge dans les archives du Cadastre, cinq espèces dont la création est un crime passible de peine capitale. La possession en est punie de la même manière, quelle qu’en soit la raison.

Ces espèces ne circulent pas, du moins pas en théorie. En pratique, elles existent, quelque part, toujours, parce que la génomantie ne s’arrête pas aux frontières de la morale commune. Les rapports de la Suture documentent leur anatomie, leurs signatures, leurs faiblesses, pour qu’on puisse les reconnaître si on les croise. Ces rapports ne sont pas publics.

Les cinq abominations

Archives rouges de la Suture, dossiers d'espèces interdites

La première est l’Arme-peste, chimère porteuse de maladies modifiées, conçue pour contaminer une zone entière. Base variable selon le pathogène embarqué, on en a attribué à d’anciennes guerres entre cités que personne n’aime rappeler, et on soupçonne qu’au moins une est sortie d’un laboratoire privé cette génération.

La seconde est le Doppelgänger, primate croisé avec de l’ADN humain. Sa capacité à imiter l’apparence humaine en fait un outil d’infiltration sans équivalent. Mais la base humaine est un tabou absolu dans toutes les cités de Genomea, sa création est un crime capital immédiat, sans procès, sans appel. On en a documenté trois cas connus dans l’histoire récente, tous détruits avec leurs créateurs.

La troisième est la Reine-essaim, insecte colonial modifié pour produire de manière autonome ses propres soldats-chimères. Auto-réplicante, incontrôlable, elle transforme un foyer en armée en quelques mois si on ne l’arrête pas à temps. Les rares précédents documentés ont tous conduit à la mise en quarantaine définitive de quartiers entiers.

La quatrième est le Mangeur-de-Lymphe, conçu pour arracher et consommer les Lymphes de leurs porteurs. Arme anti-praticien, abomination pour tout ce que Turrith tient pour sacré. Sa seule évocation fait changer de sujet une conversation. Personne ne le cherche et tout le monde espère ne jamais en rencontrer un.

La cinquième est la plus troublante. On l’appelle Sentient, faute d’un nom officiel. C’est une Chimère ayant développé ou reçu une conscience véritable, non pas une dérive comportementale mais une intériorité, une mémoire, des désirs propres. Quand on en identifie une, on hésite. La Suture dit qu’il faut la détruire. Les archivistes de la Maison des Scripteurs dressent des rapports plus longs qu’ils ne le devraient, et mettent trop de temps à les clore.

La question qui reste

La Suture dit qu’il faut les détruire. Elle ne dit pas ce qu’on détruit.